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Le Procès Du Père Jacky Hoarau Devient Celui De L'Église

By Jérôme Talpin
The Clicanoo
April 27, 2012

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Le père Jacky Hoarau risque jusqu’à 20 ans de réclusion pour viols.

COUR D'ASSISES. Depuis hier, l'ancien curé de Sainte-Marie, le père Jacky Hoarau, comparaît devant la cour d'assises pour des faits de viols et d'agressions sexuelles, entre 2007 et 2008, sur un enfant de chœur de 14 ans. Le prêtre reconnaît sa faute en parlant toutefois d'un "accident". Pour son avocat, Jacky Hoarau n'est pas le seul responsable dans cette affaire. Il met en cause l'Église et son fonctionnement.

Le visage grave, habillé en civil et arborant un crucifix en pendentif, le père Jacky Hoarau a pris place, hier matin, dans le box des accusés. Un cas de figure inédit à la Réunion. Face à lui, un jeune homme élégant, entouré de ses parents. « Vous êtes victime, Monsieur. Et lui est coupable », lance, au moment de débuter les débats, Me Georges-André Hoarau, avocat du prêtre. « Il n'est pas question de contester votre statut de victime. Et il n'y a pas d'autres victimes dans ce dossier ». Un moment fort pour le jeune homme, estime son avocat Me Olivier Chopin. « La société commence à le regarder différemment. Plus comme celui par qui le scandale est arrivé mais comme une victime ».

« Le vicaire a essayé de la dissuader »

Pour l'avocat de la défense, il s'agit surtout de poser sa stratégie. L'ancien curé de Sainte-Marie, 54 ans, a bien commis les faits reprochés : des attouchements et des fellations sur son servant d'autel âgé de 14 ans, entre 2007 et 2008, dans son bureau à la cure. Mais pour Me Georges-André Hoarau, l'ancien curé n'est pas le seul coupable. Et tout au long de l'audience, l'avocat s'est échiné à démontrer que l'institution religieuse portait en elle une part de responsabilité. En raison du célibat imposé aux prêtres ou en cherchant à imposer une chape de plomb sur ce genre de sujet. Une position confortée par les déclarations de la mère de l'enfant de chœur. A huis clos, cette femme d'une quarantaine d'années a expliqué qu'elle avait, dans un premier temps, rencontré le vicaire général Lilian Payet, fin décembre 2009, pour l'informer des agissements du père Hoarau. A l'époque, Mgr Aubry se trouvait à Maurice. Il était hospitalisé car très éprouvé par l'affaire Tual, le curé de Bras-Panon mis en cause quelques semaines auparavant pour des agressions sexuelles sur plusieurs mineurs. « Le vicaire a essayé de la dissuader de déposer plainte », déplore Me Olivier Chopin, avocat de la victime. « Un morceau d'anthologie », s'exclame Me Georges-André Hoarau qui ne s'attendait pas à ce témoignage. « La hiérarchie de l'Église voulait que cette affaire soit réglée en interne. La mère de la victime a dit que la hiérarchie de l'Église exigeait d'être tenue au courant de l'évolution de l'enquête (...). C'est un scandale au niveau moral. J'ai dû rappeler au vicaire qu'il avait prêté serment. Et lui dire : "Tu ne mentiras point " ».

« L'Église n'a fait aucune pression »

C'est finalement le 8 janvier 2010, devant la gravité des faits, que le vice-official de l'évêché a saisi le parquet. Mais les déclarations du père Jacky Hoarau jettent un peu plus le trouble sur le fonctionnement de l'institution. L'ancien curé de Sainte-Marie a indiqué qu'il était allé rencontrer le vicaire général, avant que l'affaire n'éclate, pour lui parler d'un « rapprochement avec un jeune ». Selon Jacky Hoarau, sa hiérarchie n'a bizarrement pas posé de question sur ce sujet. « Mon jeune client a besoin de savoir de quelle manière l'Église a été informée, a réagi après l'audience Me Olivier Chopin, avocat de la victime. Des fautes peuvent-elles être imputées à l'Église en partie ? L'institution a-t-elle fauté par omission ? Si c'est oui, c'est choquant et inquiétant ». Entendu comme témoin en début d'après-midi, Mgr Gilbert Aubry était très attendu par les deux avocats. Visiblement remonté par les déclarations de Me Georges-André Hoarau dans les journaux télé de 12 h 30, l'évêque de la Réunion a bien précisé que la mère de l'enfant de chœur a dit que « l'Église n'a fait aucune pression et aucune menace sur elle ». Interrogé pour savoir si le vicaire avait pu demander à la mère de ne pas aller déposer plainte, Mgr Aubry estime que « ce n'est pas une attitude à avoir ». Mgr Aubry a expliqué que, durant les années 1990, le père Jacky Hoarau lui avait confié qu'il était homosexuel et séropositif. Le curé avait alors été envoyé au Québec pour y suivre une thérapie sexuelle. Afin de le « rééquilibrer » avait dit l'évêque au moment de l'instruction. Un drôle de terme, s'étonne Me Georges-André Hoarau en lui demandant s'il aurait agi de la même façon pour un prêtre hétérosexuel. « L'homosexualité n'est pas une maladie », répond alors l'évêque. Pour Mgr Aubry, il ne s'agissait pas de « changer son orientation sexuelle mais de relier son orientation au choix qu'il avait fait ». C'est-à-dire la chasteté. « Devenir prêtre, ce n'est pas un droit, c'est un engagement que l'on prend. Les candidats savent à quoi s'attendre ». « Il se posait beaucoup de questions sur sa séropositivité et son homosexualité », précisera ensuite l'évêque. Ce traitement au Canada était-il lié à des courriers anonymes sur les relations homosexuelles du père Hoarau, interroge le président Michel Carrue. Mgr Aubry affirme qu'il n'a jamais reçu de telles lettres et que ce type de courrier « ne constitue pas une preuve ».

« En manque de réponse honnête »

Questionné inévitablement sur la sexualité des prêtres, Mgr Aubry a répondu que tous les êtres humains « sont imprégnés de sexualité et de génitalité ». Il y a donc la réalité et « l'optimum » qui est l'idéal représenté par le respect de l'engagement à Dieu . Et tant qu'évêque, il fait une distinction entre des faits privés touchant un prêtre et « le franchissement d'une ligne rouge » avec des faits de nature pénale. « Comme tout citoyen, j'ai l'obligation de saisir la justice », ajoute-t-il. Le président Carrue relève aussi dans le dossier qu'il y a des appels à la prudence de la part de l'évêque. « Je lui ai dit que si son comportement débordait sur des enfants, je ferai un signalement ». Pourquoi parler d'enfants, s'étonne le président. En raison des multiples affaires de pédophilie qui avaient éclaté aux Etats-Unis et en Europe, précise l'évêque. Et d'ajouter que ces paroles représentaient aussi « une sommation en l'invitant à être responsable dans son comportement ».

Mgr Aubry : « Mieux vaut le préservatif : que donner la mort »

« Le père Hoarau aurait pu transmettre la mort à cet enfant », souligne plus tard le président Carrue. « Evidemment », répond l'évêque. Avant d'anticiper une polémique sur les prises de position de l'Église au sujet du préservatif. « Ma position est connue. Mieux vaut le préservatif que donner la mort et recevoir la mort ». Pour l'avocat général Vincent Le Pannerer, un autre point du dossier pose question. Le magistrat souhaite des éclaircissements de Mgr Aubry sur ses propos devant le juge disant que s'il avait su que Jacky Hoarau était homosexuel et séropositif, il ne l'aurait jamais ordonné prêtre. « La chasteté est possible, répond sans hésiter Mgr Aubry. Je suis là devant vous. Ce n'est pas l'inverse du bonheur, la preuve. » Revenant sur le cas de Jacky Hoarau, l'évêque considère que l'Église a pris des précautions en envoyant le prêtre au Canada. Fallait-il ensuite lui confier une paroisse ? Pour Mgr Aubry, le père Jacky Hoarau avait suivi sa thérapie. « Le reste relève du secret médical ». « Si je ne lui avais pas confié une paroisse, il aurait pu se retourner contre moi ». L'audience reprendra ce matin avec les plaidoiries de la partie civile et de la défense. Me Georges-André Hoarau, en sortant du prétoire, n'a pas caché qu'il était « en manque de réponses honnêtes ». Dans sa plaidoirie, l'avocat a bien l'intention d'appuyer encore sur la responsabilité de l'Église. Son client, le père Jacky Hoarau encourt une peine de vingt ans de réclusion criminelle. Sur le plan religieux, Jacky Hoarau a toujours le statut de prêtre mais n'exerce plus de ministère. A la suite du procès, Mgr Aubry enverra un rapport à Rome qui, selon lui, prendra une sanction canonique




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